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Ramadan 2027/1448

Comment gagner des hassanates pendant le mois de Ramadan

Le Ramadan est le mois où les musulmans cherchent plus que jamais à multiplier les bonnes actions. On parle souvent de « gagner des hassanates » : derrière cette expression se trouve une idée centrale de l’islam, celle d’un Seigneur généreux qui récompense le bien au-delà de sa valeur. Voici ce que recouvre ce mot, ce qui rend le Ramadan si particulier, et une série de gestes concrets, des grandes œuvres du mois aux petites attentions du quotidien, chacun appuyé sur le Coran ou sur un hadith authentique.

Que sont les hassanates ?

Le mot vient de l’arabe ḥasanāt, pluriel de ḥasana : une « belle action », et par extension la récompense qui lui est attachée. Dans le langage courant, gagner des hassanates, c’est accumuler auprès d’Allah des bonnes actions qui pèseront dans la balance au Jour du Jugement. Le Coran pose le principe : « Quiconque viendra avec une bonne action aura dix fois autant ; et quiconque viendra avec une mauvaise action ne sera rétribué que par son équivalent » (Coran, 6:160).

Le Prophète Mohammed ﷺ a précisé cette générosité divine dans un hadith rapporté d’Ibn ‘Abbas :

« Allah a inscrit les bonnes et les mauvaises actions, puis Il l’a expliqué : celui qui projette une bonne action sans l’accomplir, Allah la lui inscrit comme une bonne action complète ; s’il la projette et l’accomplit, Allah la lui inscrit de dix à sept cents fois, et même bien davantage. Celui qui projette une mauvaise action sans la commettre, Allah lui inscrit une bonne action complète ; et s’il la projette et la commet, Allah ne lui inscrit qu’une seule mauvaise action. » (rapporté par al-Bukhari, n° 6491, et Muslim, n° 131)

Trois enseignements en découlent. L’intention sincère compte déjà : le simple fait de vouloir le bien est récompensé. Le bien accompli est multiplié, tandis que le mal n’est compté qu’une fois. Enfin, « les bonnes œuvres dissipent les mauvaises » (Coran, 11:114) : rien n’est perdu, car « quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome le verra » (Coran, 99:7).

Une condition traverse toute la tradition : la sincérité. « Les actions ne valent que par les intentions, et chacun n’aura que ce qu’il a eu l’intention de faire » (rapporté par al-Bukhari, n° 1, et Muslim, n° 1907). Les hassanates ne sont pas une comptabilité froide : c’est Allah qui multiplie « la récompense à qui Il veut » (Coran, 2:261). On agit par amour pour Lui et dans l’espoir de Sa grâce, sans jamais tenir les comptes à Sa place.

Pourquoi le Ramadan est un moment privilégié

Le jeûne occupe une place à part parmi les œuvres. Selon un hadith rapporté par Abou Hourayra, le Prophète ﷺ a dit : « Toute bonne action du fils d’Adam est multipliée, de dix à sept cents fois. Allah, Exalté et Glorieux, a dit : sauf le jeûne, car il est pour Moi, et c’est Moi qui en donne la récompense ; il délaisse ses désirs et sa nourriture pour Moi » (rapporté par Muslim, n° 1151). La récompense du jeûne n’est donc pas chiffrée : elle est laissée à la générosité d’Allah.

Le Ramadan offre en outre le pardon : « Celui qui jeûne le Ramadan avec foi et en espérant la récompense d’Allah, ses péchés passés lui sont pardonnés » (rapporté par al-Bukhari, n° 38, et Muslim, n° 760). Il réunit en un seul mois le jeûne, les prières nocturnes, la Nuit du Destin, la générosité et la lecture du Coran, ce qui en fait une saison exceptionnelle pour le bien.

Une précision s’impose. Un texte très diffusé à l’approche du mois affirme qu’une action surérogatoire accomplie pendant le Ramadan vaut une obligation, et qu’une obligation en vaut soixante-dix, ou encore que le mois se divise en un tiers de miséricorde, un tiers de pardon et un tiers d’affranchissement du Feu. Ce long sermon attribué au Prophète ﷺ, rapporté par Salman al-Farisi, a été jugé faible, voire munkar (inacceptable), par les spécialistes du hadith, d’Abou Hatim ar-Razi à al-Albani. Il n’est pas nécessaire de s’y appuyer : les textes authentiques cités ici suffisent largement à montrer la valeur du mois.

Les grandes œuvres du Ramadan

Jeûner avec foi, et préserver son jeûne

Le jeûne lui-même est la première source de hassanates, à condition qu’il ne se limite pas à l’estomac. Le Prophète ﷺ a averti : « Celui qui ne renonce pas au mensonge et aux actes qui en découlent, Allah n’a que faire qu’il renonce à sa nourriture et à sa boisson » (rapporté par al-Bukhari, n° 1903). Et si quelqu’un vous insulte ou cherche la dispute, la consigne est simple : répondre « je jeûne, je jeûne » (rapporté par Muslim, n° 1151). Maîtriser sa langue et sa colère fait partie intégrante du jeûne.

Les prières de la nuit (tarawih)

« Celui qui veille en prière les nuits du Ramadan avec foi et en espérant la récompense d’Allah, ses péchés passés lui sont pardonnés » (rapporté par al-Bukhari, n° 37). Prier les tarawih à la mosquée a un avantage supplémentaire : « Celui qui prie avec l’imam jusqu’à ce qu’il termine, on lui inscrit une nuit entière de prière » (rapporté par at-Tirmidhi, n° 806, qui le juge hasan sahih). Si vous ne pouvez pas vous rendre à la mosquée, quelques unités de prière chez vous, même courtes, gardent toute leur valeur. Pour les horaires, consultez notre calendrier du Ramadan.

Laylat al-Qadr, la Nuit du Destin

Le Coran la décrit ainsi : « La nuit d’al-Qadr est meilleure que mille mois » (Coran, 97:3), soit plus de quatre-vingt-trois ans d’adoration (voir la sourate al-Qadr). « Celui qui la passe en prière avec foi et en espérant la récompense, ses péchés passés lui sont pardonnés » (rapporté par al-Bukhari, n° 1901). Sa date exacte n’est pas connue : « Recherchez-la dans les nuits impaires des dix derniers jours du Ramadan » (rapporté par al-Bukhari, n° 2017). À l’arrivée de ces dix nuits, le Prophète ﷺ redoublait d’efforts, veillait toute la nuit et réveillait sa famille (rapporté par al-Bukhari, n° 2024). À ‘Aïcha qui lui demandait quoi dire si elle reconnaissait cette nuit, il enseigna : Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu l-‘afwa fa‘fu ‘annî, « Ô Allah, Tu es Celui qui efface les fautes, Tu aimes pardonner, alors pardonne-moi » (rapporté par at-Tirmidhi, n° 3513, jugé authentique).

L’i’tikaf, la retraite à la mosquée

« Le Prophète ﷺ faisait la retraite spirituelle (i’tikaf) durant les dix derniers jours du Ramadan, jusqu’à ce qu’Allah le rappelle à Lui ; puis ses épouses la pratiquèrent après lui » (rapporté par al-Bukhari, n° 2026, et Muslim, n° 1172). L’i’tikaf consiste à demeurer à la mosquée pour se consacrer à la prière, au Coran et à l’invocation. Les écoles juridiques divergent sur sa durée minimale : renseignez-vous auprès de votre mosquée ou d’un savant si vous ne pouvez pas y consacrer les dix jours entiers.

Nourrir un jeûneur

« Celui qui donne à manger à un jeûneur pour rompre son jeûne obtient la même récompense que lui, sans que la récompense du jeûneur en soit diminuée en rien » (rapporté par at-Tirmidhi, n° 807, qui le juge hasan sahih ; authentifié par al-Albani). Inviter des voisins ou des étudiants au ftour, participer aux repas collectifs d’une mosquée ou d’une association, offrir quelques dattes et de l’eau : chaque repas offert double la récompense.

La générosité, la sadaqa et la zakat al-fitr

« Le Messager d’Allah ﷺ était le plus généreux des hommes, et il l’était plus encore pendant le Ramadan, lorsque Gabriel (Jibril) venait à sa rencontre […] plus généreux que le vent qu’on envoie » (rapporté par al-Bukhari, n° 6). Le Coran compare l’aumône à « un grain d’où naissent sept épis, à cent grains l’épi » (Coran, 2:261). À la fin du mois, chaque musulman qui en a les moyens verse en outre la zakat al-fitr pour lui et les personnes à sa charge, avant la prière de l’Aïd (rapporté par al-Bukhari, n° 1503) : elle purifie le jeûneur de ses paroles futiles et nourrit les pauvres (rapporté par Abou Dawoud, n° 1609, jugé hasan). Les détails pratiques figurent dans notre page sur la zakat.

L’omra pendant le Ramadan

À une femme des Ansar qui n’avait pas pu accomplir le pèlerinage, le Prophète ﷺ dit : « Quand viendra le Ramadan, accomplis une omra, car une omra pendant le Ramadan équivaut à un hajj » (rapporté par al-Bukhari, n° 1782, et Muslim, n° 1256). Les savants précisent qu’il s’agit d’une équivalence de récompense : l’omra ne dispense pas du hajj obligatoire pour qui en a la capacité. Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur le pèlerinage.

Le dhikr et l’invocation

Le rappel d’Allah (dhikr) est sans doute la manière la plus accessible de gagner des hassanates. Le Prophète ﷺ demanda un jour à ses compagnons : « L’un de vous est-il incapable de gagner mille bonnes actions chaque jour ? » Il expliqua : « Qu’il dise cent fois Subhâna Llâh (gloire à Allah) : mille bonnes actions lui sont inscrites, ou mille fautes effacées » (rapporté par Muslim, n° 2698). Et à propos de deux phrases : « Légères sur la langue, lourdes dans la balance, aimées du Tout Miséricordieux : Subhâna Llâhi l-‘Adhîm, Subhâna Llâhi wa bi-hamdihi » (rapporté par al-Bukhari, n° 6406). L’invocation (dou’a) a aussi sa place : au milieu même des versets sur le jeûne, Allah dit : « Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque » (Coran, 2:186). La fin de la nuit, au moment du s’hour, est particulièrement propice : c’est le dernier tiers de la nuit, où Allah dit : « Qui M’invoque, que Je lui réponde ? Qui Me demande, que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, que Je lui pardonne ? » (rapporté par al-Bukhari, n° 1145, et Muslim, n° 758).

Gagner des hassanates avec le Coran

Le Ramadan est le mois où le Coran a été révélé (Coran, 2:185). Il offre de nombreuses manières de multiplier le bien.

  • Le lire, même lentement. « Celui qui lit une lettre du Livre d’Allah obtient une bonne action, et la bonne action est multipliée par dix. Je ne dis pas que Alif-Lâm-Mîm est une lettre, mais Alif est une lettre, Lâm est une lettre et Mîm est une lettre » (rapporté par at-Tirmidhi, n° 2910, jugé authentique). Et celui qui le lit avec difficulté, en butant sur les mots, reçoit une double récompense (rapporté par al-Bukhari, n° 4937, et Muslim, n° 798).
  • L’écouter attentivement. « Quand on récite le Coran, prêtez-lui l’oreille attentivement et observez le silence, afin que vous obteniez la miséricorde » (Coran, 7:204). Nos conseils pour écouter le Coran pendant le Ramadan proposent un programme et une sélection de récitateurs.
  • Enseigner un verset ou une invocation. « Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui apprennent le Coran et l’enseignent » (rapporté par al-Bukhari, n° 5027). Chaque fois que la personne récitera ce que vous lui avez appris, vous en aurez votre part, car « celui qui indique un bien obtient une récompense semblable à celle de celui qui l’accomplit » (rapporté par Muslim, n° 1893).
  • Aider des enfants à apprendre. Accompagner un enfant dans la mémorisation d’une sourate ou dans l’apprentissage du tajwid, financer ses cours, l’encourager : c’est une forme de science utile qui continue de profiter après vous.
  • Offrir un exemplaire du Coran ou des récitations. Un mushaf, une traduction, un lien vers des récitations de qualité : le Prophète ﷺ a enseigné qu’à la mort, les œuvres s’arrêtent, sauf trois, dont « une aumône continue » et « une science dont on tire profit » (rapporté par Muslim, n° 1631). Les savants rangent volontiers le don d’un exemplaire du Coran parmi ces aumônes continues.
  • Lire ensemble. Organiser une lecture collective en famille ou à la mosquée : « Aucun groupe ne se réunit dans l’une des maisons d’Allah pour réciter le Livre d’Allah et l’étudier ensemble sans que la sérénité descende sur eux et que la miséricorde les enveloppe » (rapporté par Muslim, n° 2699).

Les gestes du quotidien

  • Contribuer à une mosquée. « Celui qui bâtit une mosquée pour Allah, Allah lui bâtit une demeure semblable au Paradis » (rapporté par al-Bukhari, n° 450, et Muslim, n° 533). Chacun peut y participer selon ses moyens : construction, entretien, chauffage, exemplaires du Coran pour la salle de prière.
  • Se rendre à la mosquée. « Celui qui va à la mosquée le matin et le soir, Allah lui prépare une place d’honneur au Paradis à chaque aller » (rapporté par al-Bukhari, n° 662, et Muslim, n° 669).
  • Dire « Bismillah » avant de manger. Le Prophète ﷺ enseigna à un enfant : « Mentionne le nom d’Allah, mange de ta main droite et mange de ce qui est devant toi » (rapporté par al-Bukhari, n° 5376, et Muslim, n° 2022). Commencer chaque action importante par le nom d’Allah fait d’un geste ordinaire un acte d’adoration.
  • Donner à boire et à manger. Le Prophète ﷺ raconta l’histoire d’un homme pardonné pour avoir abreuvé un chien assoiffé, puis ajouta : « Il y a une récompense pour tout être vivant » (rapporté par al-Bukhari, n° 2363, et Muslim, n° 2244). Une bouteille d’eau offerte, un repas déposé chez un voisin âgé : rien n’est petit.
  • Sourire et rendre service. « Ton sourire à ton frère est une aumône », tout comme indiquer le chemin ou ôter un obstacle de la route (rapporté par at-Tirmidhi, n° 1956, jugé hasan). « Tout acte de bien est une aumône » (rapporté par al-Bukhari, n° 6021).
  • Partager ce qui est utile. Transmettre un rappel authentique, comme cet article, à un proche qui en profitera, c’est indiquer un bien, avec la récompense promise par le hadith de Muslim cité plus haut. Vérifiez simplement la source de ce que vous partagez.

Préserver ses bonnes actions après le Ramadan

Gagner des hassanates ne sert à rien si on les dilapide aussitôt par la médisance, les disputes ou l’injustice : protéger son jeûne, c’est aussi protéger le bien accumulé. Les savants rappellent également qu’une action n’est agréée que si elle est sincère et conforme à l’enseignement du Prophète ﷺ (rapporté par al-Bukhari, n° 2697).

Enfin, l’esprit du Ramadan n’a pas vocation à s’éteindre avec l’Aïd. « L’action la plus aimée d’Allah est la plus régulière, même si elle est modeste » (rapporté par al-Bukhari, n° 6464). Mieux vaut garder après le mois une habitude simple, une page de Coran par jour, une aumône hebdomadaire, quelques invocations le matin et le soir, que tout abandonner. Jeûner six jours du mois de Chawwal prolonge aussi l’élan : « Celui qui jeûne le Ramadan puis le fait suivre de six jours de Chawwal, c’est comme s’il avait jeûné perpétuellement » (rapporté par Muslim, n° 1164). Pour approfondir le sens du jeûne et ses règles, consultez notre guide du Ramadan.

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