Ramadan 2027/1448
Ramadan et diabète : jeûner en sécurité, avec l’avis de votre médecin
Beaucoup de musulmans atteints de diabète tiennent à jeûner le Ramadan, et la plupart le font : selon une estimation publiée en 2015 par les auteurs de l’étude internationale CREED, plus de cent millions de musulmans diabétiques dans le monde pourraient jeûner pendant le Ramadan. Pour certaines, c’est possible sans danger, à condition de s’y préparer avec son médecin ; pour d’autres, le jeûne expose à des complications graves et la religion les en dispense. Cet article s’appuie sur les recommandations pratiques « Diabète et Ramadan » publiées en 2021 par la Fédération internationale du diabète (FID, ou IDF en anglais) et l’alliance internationale DAR (Diabetes and Ramadan). Il ne remplace en aucun cas une consultation : chaque situation est différente.
Ce que dit l’islam : la santé d’abord
Le jeûne du Ramadan est une obligation pour le musulman pubère, sain d’esprit et en état de le supporter : « Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (Coran, 2:183). Mais le verset suivant prévoit aussitôt l’exemption : « Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner alors un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter qu’avec grande difficulté, il y a une compensation : nourrir un pauvre » (Coran, 2:184). Et le Coran conclut : « Allah veut pour vous la facilité, et Il ne veut pas la difficulté pour vous » (Coran, 2:185).
Concrètement, les savants distinguent deux situations :
- la maladie passagère : on rattrape plus tard les jours manqués, quand la santé le permet ;
- la maladie chronique qui empêche durablement de jeûner : on verse une compensation (fidya), qui consiste à nourrir un pauvre pour chaque jour non jeûné. Sa forme et son montant varient selon les écoles et les pays : renseignez-vous auprès de votre mosquée ou d’un savant.
Ne pas jeûner pour raison médicale n’a rien d’un manquement. Le Prophète Mohammed ﷺ a dit : « Lorsque le serviteur tombe malade ou voyage, il lui est inscrit l’équivalent de ce qu’il accomplissait lorsqu’il était en bonne santé et chez lui » (rapporté par al-Bukhari, n° 2996). Les recommandations FID-DAR, élaborées avec la participation de savants religieux, insistent d’ailleurs sur ce point : les personnes qui ne jeûnent pas à cause de leur état de santé ne doivent pas se sentir coupables. À l’inverse, beaucoup de savants considèrent que jeûner contre l’avis médical, au risque de se nuire gravement, est religieusement blâmable : « ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction » (Coran, 2:195). Les femmes enceintes ou qui allaitent, diabétiques ou non, peuvent elles aussi être dispensées, en particulier si elles craignent pour leur santé ou celle de l’enfant (rapporté par Abou Dawoud, n° 2408, jugé hasan sahih par al-Albani).
Quels sont les risques du jeûne avec un diabète ?
Les recommandations citent quatre grandes complications :
- l’hypoglycémie (sucre trop bas), surtout chez les personnes traitées par insuline ou par certains comprimés comme les sulfamides hypoglycémiants, en particulier en fin de journée ;
- l’hyperglycémie (sucre trop haut), souvent après des repas trop riches au ftour ou une réduction excessive du traitement ;
- l’acidocétose diabétique, complication grave qui menace surtout les personnes atteintes de diabète de type 1 ;
- la déshydratation, qui peut favoriser la formation de caillots (thrombose), notamment par forte chaleur et lors de longues journées de jeûne.
Évaluer son risque avant le Ramadan
Tout commence par une consultation, idéalement six à huit semaines avant le Ramadan. Le Ramadan 2027/1448 devrait commencer aux alentours du 8 février 2027 : il s’agit d’une date prévisionnelle, la date officielle étant annoncée après l’observation du croissant (voir notre page sur la date du début du Ramadan). Prévoyez donc votre rendez-vous suffisamment tôt.
Depuis 2021, le médecin peut s’appuyer sur un score de risque qui additionne des points selon plusieurs critères, notamment :
- le type de diabète (le type 1 est plus à risque) et son ancienneté (plus de dix ans) ;
- les antécédents d’hypoglycémie, surtout s’ils sont sévères, récents ou non ressentis ;
- l’équilibre du diabète, mesuré par l’HbA1c (au-delà de 7,5 %, et plus encore de 9 %) ;
- le traitement : les injections d’insuline multiples et certains sulfamides comportent plus de risques que les autres médicaments ;
- l’autosurveillance de la glycémie, selon qu’elle est faite correctement ou non ;
- une acidocétose ou un coma hyperosmolaire au cours des douze derniers mois ;
- les complications : maladie cardiovasculaire, insuffisance rénale ;
- la grossesse, la fragilité ou les troubles cognitifs, l’âge (plus de 70 ans sans aide à domicile) ;
- un travail physique intense, une mauvaise expérience lors d’un précédent Ramadan, et la durée du jeûne (seize heures ou plus).
Le total classe la personne dans l’une des trois catégories suivantes :
| Score | Niveau de risque | Recommandation FID-DAR 2021 |
|---|---|---|
| 0 à 3 | Faible | Le jeûne est en principe possible, avec un suivi adapté. |
| 3,5 à 6 | Modéré | Il est conseillé de ne pas jeûner. Si la personne choisit de jeûner après avis médical, elle doit être très prudente et arrêter au moindre problème. |
| Plus de 6 | Élevé | Il est recommandé de ne pas jeûner. |
Ce score doit être recalculé chaque année : réussir son jeûne une année ne garantit pas que ce sera le cas l’année suivante. Le médecin reste seul juge, en tenant compte de votre situation personnelle.
Se préparer : éducation et adaptation du traitement
La consultation pré-Ramadan sert aussi à apprendre à gérer le jeûne : comment et quand mesurer sa glycémie, reconnaître les signes d’alerte, savoir quand rompre le jeûne, organiser ses repas et son activité physique. Les recommandations jugent cette éducation essentielle, et suggèrent que quelques jours de jeûne d’essai pendant le mois de Chaabane peuvent aider à se préparer.
Le traitement doit souvent être adapté : doses, horaires de prise, parfois changement de médicament pour réduire le risque d’hypoglycémie. Seul votre médecin peut le faire. Ne modifiez jamais seul vos doses et n’arrêtez jamais l’insuline de votre propre initiative, au risque de provoquer une hyperglycémie ou une acidocétose.
Surveiller sa glycémie ne rompt pas le jeûne
Une idée fausse et dangereuse circule encore : piquer le doigt pour mesurer sa glycémie romprait le jeûne. Les recommandations FID-DAR sont formelles : ni la mesure de la glycémie ni l’injection d’insuline n’invalident le jeûne. C’est aussi la position de l’Académie internationale du fiqh islamique, pour qui les injections non nutritives et les prises de sang ne rompent pas le jeûne. En cas de doute sur votre situation, interrogez un savant, mais ne renoncez jamais à la surveillance.
Les moments conseillés pour mesurer sa glycémie sont les suivants :
- avant le s’hour ;
- le matin ;
- à la mi-journée ;
- au milieu de l’après-midi ;
- avant le ftour ;
- deux heures après le ftour ;
- à tout moment en cas de symptômes ou de malaise.
Les personnes à risque faible ou modéré peuvent se contenter d’une ou deux mesures par jour, selon l’avis de leur médecin ; celles à risque élevé doivent mesurer plusieurs fois par jour. Les capteurs de glucose en continu sont encouragés lorsqu’ils sont disponibles.
Quand faut-il rompre le jeûne ?
Selon les recommandations de 2021, toute personne diabétique doit rompre son jeûne dans les situations suivantes :
| Situation | Que faire ? |
|---|---|
| Glycémie inférieure à 70 mg/dL (3,9 mmol/L) | Rompre le jeûne immédiatement |
| Glycémie entre 70 et 90 mg/dL (3,9 à 5,0 mmol/L) | Recontrôler dans l’heure |
| Glycémie supérieure à 300 mg/dL (16,6 mmol/L) | Rompre le jeûne |
| Symptômes d’hypoglycémie, d’hyperglycémie, de déshydratation ou maladie aiguë | Rompre le jeûne |
Les signes d’hypoglycémie sont notamment les tremblements, les sueurs ou frissons, les palpitations, la faim, les maux de tête et la confusion. Ceux de l’hyperglycémie sont une soif intense, des urines fréquentes, une grande fatigue, des nausées ou vomissements et des douleurs abdominales. En cas d’hypoglycémie, les recommandations conseillent de prendre une petite quantité de sucre rapide, par exemple une petite brique de jus de fruits, puis de recontrôler la glycémie quinze à vingt minutes plus tard. Votre médecin peut vous fixer des seuils personnalisés : suivez ses consignes, et contactez-le si ces situations se répètent.
Rompre son jeûne pour se protéger n’est pas une faute : c’est appliquer l’exemption prévue par le Coran. Le jour sera simplement rattrapé plus tard.
Que manger pendant le Ramadan ?
Les recommandations proposent un véritable plan nutritionnel, qui rejoint nos conseils pour bien s’alimenter pendant le Ramadan, avec quelques précisions pour les personnes diabétiques :
- Prendre le s’hour le plus tard possible, surtout quand le jeûne dépasse dix heures, avec des glucides à index glycémique bas et riches en fibres (pain complet, flocons d’avoine, légumineuses) et des protéines (œufs, laitages, fromage).
- Rompre le jeûne avec beaucoup d’eau et une à trois petites dattes. Pour situer, deux grosses dattes apportent environ 20 g de glucides, soit à peu près l’équivalent d’un fruit.
- Répartir les apports : le plan suggère environ 30 à 40 % des calories au s’hour, 40 à 50 % au ftour et 10 à 20 % en collation, plutôt que de grignoter toute la nuit.
- Privilégier les glucides complexes : légumes, légumineuses, céréales complètes. La harira, riche en lentilles et pois chiches, est un bon choix, en surveillant la quantité de pain qui l’accompagne.
- Limiter fortement les desserts sucrés (chebakia, pâtisseries au miel, sellou), les boissons sucrées et les jus avec sucre ajouté. Les fritures (briouates, beignets, msemen) restent occasionnelles.
- Bien s’hydrater entre le ftour et le s’hour avec de l’eau ou des boissons non sucrées, en évitant les boissons caféinées et sucrées.
À titre d’illustration, une journée pourrait ressembler à ceci, à adapter avec votre médecin ou votre diététicien :
| Repas | Exemple |
|---|---|
| Ftour | De l’eau, une à trois petites dattes, un bol de harira ou de chorba, une salade |
| Repas du soir | Tajine de poisson ou de poulet aux légumes, un peu de pain complet ou de semoule, un fruit entier |
| S’hour | Pain complet ou flocons d’avoine, un œuf ou du fromage, un yaourt nature ou du lben, de l’eau |
La Fédération française des diabétiques propose aussi des conseils alimentaires adaptés au Ramadan.
Activité physique et prière de tarawih
Il est conseillé de garder son activité physique habituelle, en évitant les efforts intenses pendant le jeûne, en particulier dans les dernières heures avant le coucher du soleil, quand le risque d’hypoglycémie et de déshydratation est le plus élevé. Une activité légère après le ftour, comme la marche, est préférable. Les recommandations précisent que les mouvements de la prière de tarawih (inclinaisons, prosternations, relèvements) comptent comme une activité physique : pensez à vérifier votre glycémie et à bien boire si vous priez longtemps.
Après le Ramadan : l’Aïd et le suivi
L’Aïd el-Fitr est un moment de fête, mais aussi de risque : les recommandations mettent en garde contre les excès alimentaires de ces journées, après un mois de jeûne. Une consultation après le Ramadan est conseillée pour réajuster le traitement et faire le bilan du mois. Si vous souhaitez jeûner les six jours de Chawwal, demandez également l’avis de votre médecin.
Le diabète en quelques chiffres
Selon l’Atlas du diabète de la FID (11e édition, 2025), 589 millions d’adultes de 20 à 79 ans vivaient avec un diabète en 2024, soit environ un sur neuf, et ce nombre pourrait atteindre 853 millions en 2050. Près de 252 millions d’entre eux ignorent qu’ils sont malades. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord est la plus touchée en proportion : environ un adulte sur six y est diabétique, soit près de 85 millions de personnes. Le diabète de type 2, de loin le plus fréquent, est favorisé par le surpoids, la sédentarité et une alimentation trop riche en sucres et en graisses : le Ramadan peut être l’occasion d’adopter de meilleures habitudes, avec l’accompagnement de votre médecin.
En résumé
- Consultez votre médecin six à huit semaines avant le Ramadan pour évaluer votre risque.
- Si votre risque est modéré ou élevé, la médecine vous déconseille de jeûner, et l’islam vous en dispense, sans perte de récompense.
- Si vous jeûnez, faites adapter votre traitement par votre médecin, ne le modifiez jamais seul.
- Mesurez votre glycémie régulièrement : cela ne rompt pas le jeûne.
- Rompez le jeûne sous 70 mg/dL (3,9 mmol/L), au-delà de 300 mg/dL (16,6 mmol/L) ou en cas de malaise.
- Prenez le s’hour tard, rompez le jeûne avec de l’eau et quelques dattes, limitez les sucreries et buvez suffisamment.
Source principale : Fédération internationale du diabète et DAR International Alliance, Diabetes and Ramadan: Practical Guidelines 2021 (en anglais).