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Le pèlerinage à La Mecque (hajj 2027/1448) : conditions, rites jour par jour et omra

Jour d’Arafat 1448

9 dhou al-hijja 1448 AH

Aïd al-Adha 1448

10 dhou al-hijja 1448 AH

Le hajj, le grand pèlerinage à La Mecque, est l’un des cinq piliers de l’islam. Tout musulman qui en a la capacité physique et financière doit l’accomplir au moins une fois dans sa vie. Il se déroule chaque année à date fixe du calendrier hégirien, du 8 au 12 ou 13 Dhou al-Hijja, dernier mois de l’année lunaire, et réunit des pèlerins venus du monde entier : 1 707 301 personnes en 2026 (1447 de l’hégire), selon l’Autorité générale saoudienne des statistiques (GASTAT). Pour la saison 2027/1448, la journée d’Arafat est attendue le 15 mai 2027 et l’Aïd al-Adha le 16 mai 2027. Ces dates sont prévisionnelles (calendrier Umm al-Qura) : les autorités saoudiennes fixent officiellement le début de Dhou al-Hijja après l’observation du croissant, et l’Aïd peut être célébré un jour plus tôt ou plus tard dans d’autres pays.

Ce guide présente les conditions du pèlerinage, ses trois formes, l’état de sacralisation (ihram), le déroulement des rites jour par jour, la omra, les lieux saints, le sens spirituel des gestes accomplis et la fête de l’Aïd al-Adha.

Un pilier de l’islam enraciné dans l’histoire d’Abraham

Le Coran fait remonter le pèlerinage au prophète Abraham (Ibrahim), qui éleva les fondations de la Kaaba avec son fils Ismaël (Coran, 2:127) et reçut l’ordre d’appeler les hommes à s’y rendre :

« Et fais aux gens une annonce pour le pèlerinage. Ils viendront à toi, à pied, et aussi sur toute monture, venant de tout chemin éloigné. » (Coran, 22:27)

L’obligation elle-même est énoncée dans la sourate Al Imran :

« La première Maison qui a été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka (La Mecque), bénie et une bonne direction pour l’univers. Là sont des signes évidents, parmi lesquels l’endroit où Abraham s’est tenu debout ; et quiconque y entre est en sécurité. Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui en ont les moyens d’aller faire le pèlerinage de la Maison. » (Coran, 3:96-97)

Avec le temps, le pèlerinage abrahamique s’était chargé d’idolâtrie. Le Prophète Mohammed ﷺ le rendit à sa pureté monothéiste : après la conquête de La Mecque (an 8 de l’hégire), les idoles furent retirées de la Kaaba. Les savants divergent sur l’année exacte où le hajj fut prescrit (an 6, 9 ou 10 de l’hégire selon les avis). En l’an 9, appelé « l’année des délégations », Abou Bakr conduisit le pèlerinage des musulmans et l’on y proclama le début de la sourate at-Tawba, au « jour du grand pèlerinage » (Coran, 9:3). L’année suivante, en l’an 10 (632), le Prophète ﷺ accomplit son unique hajj, appelé le « pèlerinage d’adieu ». Le récit détaillé qu’en a laissé son compagnon Jabir ibn Abdallah (rapporté par Muslim, n° 1218) reste la source principale pour la description des rites.

Les mérites du pèlerinage

Le hajj accompli sincèrement efface les fautes passées :

« Celui qui accomplit le pèlerinage pour Allah sans commettre de rapports intimes ni de péchés revient comme au jour où sa mère l’a mis au monde. » (rapporté par al-Bukhari, n° 1521, et Muslim, n° 1350)

Le Prophète ﷺ a dit aussi : « Une omra efface les péchés commis jusqu’à la suivante, et le pèlerinage agréé (hajj mabrour) n’a d’autre récompense que le Paradis » (rapporté par al-Bukhari, n° 1773, et Muslim, n° 1349). À son épouse Aïcha, qui considérait le combat comme la meilleure des œuvres, il répondit que le meilleur effort pour les femmes est un pèlerinage agréé (rapporté par al-Bukhari, n° 1520).

Le jour d’Arafat est le sommet de ces bienfaits : « Il n’est pas de jour où Allah affranchit du Feu plus de serviteurs que le jour d’Arafat. Il S’approche, puis Il les fait valoir devant les anges et dit : “Que veulent ceux-là ?” » (rapporté par Muslim, n° 1348). On cite souvent une autre parole selon laquelle Satan ne serait jamais aussi humilié qu’au jour d’Arafat ; elle figure dans le Muwatta de l’imam Malik, mais sa chaîne est interrompue et elle est jugée faible.

Qui doit accomplir le hajj ?

Le pèlerinage est obligatoire une seule fois dans la vie (rapporté par Muslim, n° 1337, et Abou Dawoud, n° 1721) pour toute personne qui remplit ces conditions :

  • être musulman, pubère et sain d’esprit (le pèlerinage d’un enfant est valable et récompensé, mais ne le dispense pas du hajj obligatoire une fois adulte) ;
  • avoir la capacité (istita’a) : une santé suffisante, les moyens de payer le voyage et le séjour en plus de ses besoins essentiels, de ses dettes et de l’entretien de sa famille pendant son absence, et une route sûre. Aujourd’hui, cette capacité suppose aussi d’obtenir un visa et un permis de pèlerinage dans le cadre des quotas fixés par l’Arabie saoudite ;
  • pour une femme, les écoles hanafite et hanbalite exigent la présence d’un mahram (mari ou proche parent qu’elle ne peut épouser), en s’appuyant sur le hadith : « Une femme ne voyage qu’avec un mahram » (rapporté par al-Bukhari, n° 1862). Les écoles malikite et chafiite admettent, pour le pèlerinage obligatoire, qu’elle voyage au sein d’un groupe sûr. Depuis 2021, les autorités saoudiennes acceptent les femmes sans mahram dans les groupes organisés.

Celui qui ne peut plus voyager à cause d’une maladie durable ou de la vieillesse peut se faire remplacer, comme le Prophète ﷺ l’a permis à une femme pour son père âgé (rapporté par al-Bukhari, n° 1513). La personne qui accomplit ce hajj par procuration doit avoir déjà accompli le sien (rapporté par Abou Dawoud, n° 1811).

Se préparer au voyage

La préparation du cœur

Les savants, parmi lesquels al-Ghazali dans sa Revivification des sciences de la religion, recommandent de commencer par le repentir : réparer ses torts, rembourser ses dettes ou s’entendre avec ses créanciers, rendre les dépôts confiés, laisser à sa famille de quoi vivre et financer son voyage avec un argent licite, car « Allah est bon et n’accepte que ce qui est bon » (rapporté par Muslim, n° 1015). Il est conseillé d’apprendre les rites avant de partir, de choisir des compagnons de route qui rappellent le bien et de confier la direction du groupe à la personne la plus bienveillante. Le voyage révèle le caractère : patience, générosité et douceur envers les autres pèlerins font partie du pèlerinage, car le Coran prescrit : « point de rapport sexuel, point de perversité, point de dispute pendant le pèlerinage […] Et prenez vos provisions ; mais vraiment la meilleure provision est la piété » (Coran, 2:197).

Le Prophète ﷺ partait volontiers en voyage un jeudi (rapporté par al-Bukhari, n° 2950) et prononçait en se mettant en route l’invocation du voyage (rapportée par Muslim, n° 1342). On prend aussi congé de ses proches en leur demandant leurs invocations.

Les démarches pratiques

Les règles d’accès au hajj sont fixées par le ministère saoudien du Hajj et de la Omra et changent d’une saison à l’autre ; renseignez-vous chaque année auprès de sources officielles. Dans leurs grandes lignes :

  • chaque pays dispose d’un quota de pèlerins. Selon les pays, l’inscription passe par un organisme national, un tirage au sort ou des agences agréées. Depuis 2023, les candidats d’Europe, des Amériques et d’Océanie réservent leur forfait sur la plateforme officielle Nusuk Hajj, auprès de prestataires autorisés ;
  • un permis de hajj est exigé de tous, y compris des résidents d’Arabie saoudite. Le pèlerinage sans permis est interdit et sanctionné ; les pèlerins non enregistrés sont aussi les plus exposés, faute d’accès aux tentes, aux transports et aux soins officiels ;
  • des vaccinations sont exigées, notamment contre la méningite à méningocoque ; consultez votre médecin ou un centre de vaccinations internationales plusieurs semaines avant le départ ;
  • la chaleur peut être extrême. En 2024, plus de 1 300 pèlerins sont morts pendant le hajj, selon le ministère saoudien de la Santé, lors d’une vague de chaleur où le thermomètre a dépassé 50 °C. Buvez régulièrement, protégez-vous du soleil (une ombrelle est permise en ihram), reposez-vous et respectez les horaires fixés pour les déplacements.

Les trois façons d’accomplir le hajj

Le pèlerinage « a lieu dans des mois connus » (Coran, 2:197) : Chawwal, Dhou al-Qa’da et le début de Dhou al-Hijja. Le pèlerin choisit l’une de ces trois formes en formulant son intention :

FormeDéroulementOffrande (hady)
Tamattu’ (jouissance)Une omra pendant les mois du pèlerinage, sortie de l’ihram, puis nouvel ihram pour le hajj le 8 Dhou al-HijjaObligatoire ; à défaut, jeûne de 3 jours pendant le hajj et 7 au retour (Coran, 2:196)
Qiran (association)Omra et hajj réunis sous un seul ihram, conservé jusqu’au jour du sacrificeObligatoire, aux mêmes conditions
Ifrad (hajj seul)Le hajj seul, sans omraNon obligatoire

L’offrande n’est pas exigée des habitants du territoire de la Mosquée sacrée (Coran, 2:196). Lors de son pèlerinage, le Prophète ﷺ, qui avait amené ses bêtes de sacrifice, a gardé son ihram jusqu’au jour du sacrifice ; il a demandé à ceux de ses compagnons qui n’avaient pas d’offrande de transformer leur ihram en omra, puis de le reprendre pour le hajj le jour de la tarwiya (rapporté par al-Bukhari, n° 1568, et Muslim, n° 1216). La préférence des écoles varie : le tamattu’ pour les hanbalites, le qiran pour les hanafites, l’ifrad pour les malikites et les chafiites. Le tamattu’ est souvent conseillé aux pèlerins venus de loin, car il permet de quitter l’ihram entre la omra et le hajj.

Le miqat et l’entrée en état de sacralisation (ihram)

Les miqats

Le pèlerin doit entrer en ihram avant de franchir l’une des limites fixées par le Prophète ﷺ (rapporté par al-Bukhari, n° 1524 et 1531) :

  • Dhou al-Houlayfa (Abyar Ali), près de Médine, pour ceux qui viennent de Médine ;
  • al-Jouhfa, près de Rabigh, pour ceux qui viennent du Cham, d’Égypte et du Maghreb ; c’est souvent le miqat des pèlerins d’Europe et d’Afrique du Nord ;
  • Qarn al-Manazil (as-Sayl al-Kabir) pour ceux qui viennent du Najd ;
  • Yalamlam pour ceux qui viennent du Yémen ;
  • Dhat Irq pour ceux qui viennent d’Irak, fixé du temps du calife Omar.

Les habitants de la zone située entre les miqats et La Mecque se sacralisent depuis chez eux, et ceux de La Mecque depuis La Mecque. En avion, on entre en ihram au moment où l’appareil passe à hauteur du miqat : on se prépare avant d’embarquer, puis on formule l’intention lorsque l’équipage l’annonce. Ceux qui arrivent d’abord à Médine se sacralisent à Dhou al-Houlayfa.

Les gestes de l’ihram

Il est recommandé de faire ses ablutions complètes (ghousl), de se couper les ongles et de se parfumer le corps (pas les vêtements) avant la sacralisation. L’homme revêt deux pièces de tissu non cousues, généralement blanches : un pagne (izar) et une étoffe sur les épaules (rida’), avec des sandales qui laissent les chevilles découvertes ; il garde la tête nue. La femme porte ses vêtements habituels, amples et décents, sans voile couvrant le visage (niqab) et sans gants (rapporté par al-Bukhari, n° 1838). Le pèlerin formule ensuite son intention (omra, hajj ou les deux) et commence la talbiya, qu’il répétera jusqu’au jour du sacrifice :

« Labbayka Allahoumma labbayk, labbayka la charika laka labbayk, inna l-hamda wa n-ni’mata laka wa l-moulk, la charika lak » : « Me voici, ô Allah, me voici ! Me voici, Tu n’as pas d’associé, me voici ! La louange, le bienfait et la royauté T’appartiennent, Tu n’as pas d’associé. » (rapporté par al-Bukhari, n° 1549, et Muslim, n° 1184)

Les interdits de l’ihram

  • se couper ou s’arracher les cheveux et les poils, se couper les ongles ;
  • se parfumer ;
  • pour l’homme, porter des vêtements cousus à la forme du corps (chemise, pantalon, sous-vêtements) et se couvrir la tête ; pour la femme, porter le niqab et des gants ;
  • chasser le gibier terrestre (Coran, 5:95-96) ;
  • conclure un mariage, pour soi ou pour autrui, ou faire une demande en mariage (rapporté par Muslim, n° 1409) ;
  • les rapports intimes et les gestes qui y mènent (Coran, 2:197) : un rapport avant la première désacralisation invalide le hajj selon la majorité des savants.

Le pèlerin évite aussi, plus que jamais, les disputes et les péchés. Celui qui transgresse un interdit par nécessité, par exemple en se rasant la tête à cause d’une maladie, s’en rachète par trois jours de jeûne, en nourrissant six pauvres ou en sacrifiant un mouton (Coran, 2:196 ; rapporté par al-Bukhari, n° 1814). Beaucoup de savants n’exigent pas de compensation de celui qui, par oubli ou par ignorance, s’est parfumé ou a porté un vêtement cousu, à la différence des interdits qui détruisent quelque chose, comme couper ses cheveux ou chasser.

À l’arrivée à La Mecque : tawaf et sa’y

Le tawaf consiste à faire sept tours de la Kaaba en la gardant sur sa gauche, à partir de l’angle de la Pierre noire, en passant à l’extérieur du Hijr Ismaïl (l’enclos semi-circulaire qui fait partie de la Kaaba). À chaque passage, on embrasse ou touche la Pierre noire si c’est possible, sinon on lui fait signe de la main en disant « Allahou akbar ». Le calife Omar disait en l’embrassant : « Je sais que tu n’es qu’une pierre, qui ne nuit ni ne profite ; si je n’avais pas vu le Messager d’Allah ﷺ t’embrasser, je ne t’aurais pas embrassée » (rapporté par al-Bukhari, n° 1597, et Muslim, n° 1270). Pendant le tawaf d’arrivée, les hommes découvrent l’épaule droite (idtiba’) et pressent le pas sur les trois premiers tours (raml). On prie ensuite deux unités de prière derrière la station d’Abraham (Coran, 2:125), puis on boit l’eau de Zamzam.

Le sa’y est le parcours de sept trajets entre les monts Safa et Marwa, « parmi les lieux sacrés d’Allah » (Coran, 2:158), en commençant par Safa et en terminant à Marwa. Les hommes pressent le pas entre les repères lumineux verts. Ce rite commémore la course d’Agar (Hajar) cherchant de l’eau pour son fils.

Le pèlerin en tamattu’ termine alors sa omra en se raccourcissant les cheveux et sort de l’ihram jusqu’au 8 Dhou al-Hijja. Celui qui accomplit le qiran ou l’ifrad fait un tawaf d’arrivée (tawaf al-qoudoum, sunna selon la majorité et obligatoire selon les malikites), peut faire dès ce moment le sa’y du hajj, et reste en ihram.

Les rites jour par jour, du 8 au 13 Dhou al-Hijja

DateLieuRites principaux
8 Dhou al-Hijja (tarwiya)MinaIhram du hajj pour le pèlerin en tamattu’ ; prières à Mina
9 Dhou al-Hijja (Arafat)Arafat, puis MuzdalifaStation à Arafat jusqu’au coucher du soleil ; nuit à Muzdalifa
10 Dhou al-Hijja (jour du sacrifice)Mina, La MecqueLapidation de Jamrat al-Aqaba, sacrifice, rasage, tawaf al-ifada et sa’y
11, 12 (et 13) Dhou al-Hijja (tachriq)MinaNuits à Mina, lapidation des trois stèles chaque jour
Avant de quitter La MecqueLa MecqueTawaf d’adieu

Le 8 : le jour de la tarwiya à Mina

Le pèlerin en tamattu’ reprend l’ihram depuis son logement à La Mecque, et tous se rendent à Mina, vallée située à quelques kilomètres de la Grande Mosquée, aujourd’hui couverte de tentes. Selon la sunna, on y prie le dhohr, le asr, le maghrib, le icha et le fajr du lendemain, chacun à son heure, en raccourcissant à deux unités les prières de quatre (rapporté par Muslim, n° 1218). Ce séjour est recommandé, non obligatoire.

Le 9 : le jour d’Arafat, cœur du pèlerinage

« Le hajj, c’est Arafat », a dit le Prophète ﷺ (rapporté par at-Tirmidhi, n° 889, et an-Nasa’i, n° 3016). Après le lever du soleil, les pèlerins gagnent la plaine d’Arafat, à une vingtaine de kilomètres de La Mecque. Après le passage du soleil au zénith, un sermon est prononcé à la mosquée de Namira, puis l’on prie le dhohr et le asr réunis et raccourcis. Commence alors la station (wouqouf) : jusqu’au coucher du soleil, le pèlerin se consacre à l’invocation, au rappel d’Allah, à la lecture du Coran et à la demande de pardon. « La meilleure invocation est celle du jour d’Arafat » (rapporté par at-Tirmidhi, n° 3585, hadith jugé hasan). Il n’est pas nécessaire de gravir le mont de la Miséricorde (Jabal ar-Rahma) : le Prophète ﷺ se tenait au pied de ses rochers et a précisé que toute la plaine d’Arafat est un lieu de station (rapporté par Muslim, n° 1218). Le pèlerin ne jeûne pas ce jour-là, à l’exemple du Prophète ﷺ (rapporté par al-Bukhari, n° 1658).

La station à Arafat est le pilier sans lequel il n’y a pas de hajj. Selon la majorité des savants, son temps va du zénith du 9 jusqu’à l’aube du 10 : celui qui est présent un moment à Arafat dans cet intervalle a accompli ce pilier. Celui qui s’y tient de jour doit y rester jusqu’au coucher du soleil, comme l’a fait le Prophète ﷺ ; les malikites considèrent même la présence après le coucher du soleil comme le pilier.

La nuit du 9 au 10 : Muzdalifa

Au coucher du soleil, les pèlerins quittent Arafat dans le calme et se rendent à Muzdalifa : « quand vous déferlez depuis Arafat, invoquez Allah à al-Mach’ar al-Haram » (Coran, 2:198). On y prie le maghrib et le icha réunis, puis on y passe la nuit. Après la prière de l’aube, on invoque Allah, tourné vers la qibla, jusqu’à ce que le jour soit bien levé, et l’on repart vers Mina avant le lever du soleil (rapporté par Muslim, n° 1218). Le Prophète ﷺ a permis aux personnes faibles, aux femmes et à leurs accompagnateurs de partir avant l’aube, après le coucher de la lune (rapporté par al-Bukhari, n° 1676 à 1681) ; de nombreux savants fixent ce moment après minuit. On ramasse les petits cailloux pour la lapidation, de la taille d’un pois chiche, à Muzdalifa ou à Mina.

Le 10 : le jour du sacrifice (yawm an-nahr)

Ce jour, qui est celui de l’Aïd, réunit quatre rites :

  1. La lapidation de Jamrat al-Aqaba, la grande stèle : sept cailloux lancés un à un en disant « Allahou akbar ». La talbiya cesse à ce moment.
  2. Le sacrifice de l’offrande pour le pèlerin en tamattu’ ou en qiran. Beaucoup de pèlerins achètent aujourd’hui un bon de sacrifice auprès du programme officiel, qui fait abattre les bêtes et distribuer la viande.
  3. Le rasage ou le raccourcissement des cheveux : le rasage est préférable pour les hommes, le Prophète ﷺ ayant invoqué trois fois la miséricorde pour ceux qui se rasent avant de l’invoquer pour ceux qui raccourcissent (rapporté par al-Bukhari, n° 1727, et Muslim, n° 1301). La femme coupe seulement l’extrémité de ses cheveux, l’équivalent d’une phalange.
  4. Le tawaf al-ifada, pilier du hajj, suivi du sa’y pour le pèlerin en tamattu’, ou pour les autres s’ils ne l’ont pas fait après le tawaf d’arrivée. Il peut être retardé aux jours suivants.

Cet ordre est celui de la sunna, mais le Prophète ﷺ, interrogé ce jour-là par des pèlerins qui avaient interverti ces rites, répondait : « Fais-le, il n’y a pas de mal » (rapporté par al-Bukhari, n° 83, et Muslim, n° 1306). Après la lapidation et le rasage, selon l’avis courant, tous les interdits de l’ihram sont levés sauf les relations conjugales : c’est la première désacralisation. Après le tawaf al-ifada (et le sa’y s’il est dû), la désacralisation est complète.

Les 11, 12 et 13 : les jours de tachriq à Mina

Les pèlerins reviennent passer les nuits à Mina. Chaque jour, après le passage du soleil au zénith, ils lapident les trois stèles dans l’ordre (la petite, la moyenne, puis Jamrat al-Aqaba), sept cailloux pour chacune ; après la première et la deuxième, on s’arrête, tourné vers la qibla, pour une longue invocation (rapporté par al-Bukhari, n° 1751). Celui qui est pressé peut quitter Mina le 12 avant le coucher du soleil ; les autres restent jusqu’au 13 : « il n’y a pas de péché, pour qui se comporte en piété, à partir au bout de deux jours, à s’attarder non plus » (Coran, 2:203). Ces journées sont « des jours où l’on mange, où l’on boit et où l’on se souvient d’Allah » (rapporté par Muslim, n° 1141).

Le tawaf d’adieu

Avant de quitter La Mecque, le pèlerin fait un dernier tawaf, le tawaf d’adieu (al-wada’), obligatoire selon la majorité des savants et sunna selon les malikites. La femme en période de règles ou de lochies en est dispensée (rapporté par al-Bukhari, n° 1755, et Muslim, n° 1328).

Piliers et obligations

Les juristes distinguent les piliers (arkan), sans lesquels le hajj n’est pas valable, et les obligations (wajibat), dont l’omission se répare par le sacrifice d’un mouton dans le territoire sacré. Selon les malikites et les hanbalites, les piliers sont l’ihram, la station à Arafat, le tawaf al-ifada et le sa’y ; les chafiites y ajoutent le rasage ou le raccourcissement des cheveux ; les hanafites retiennent principalement la station à Arafat et le tawaf al-ifada. Font partie des obligations, selon la plupart des écoles : l’ihram depuis le miqat, la présence à Arafat jusqu’au coucher du soleil, la nuit à Muzdalifa, les nuits de Mina, la lapidation, le rasage et le tawaf d’adieu. En cas de doute, interrogez le guide religieux de votre groupe ou un savant qualifié.

La omra, le « petit pèlerinage »

La omra peut être accomplie à tout moment de l’année. Elle comprend quatre étapes : l’ihram depuis le miqat, le tawaf, le sa’y, puis le rasage ou le raccourcissement des cheveux. Elle se fait en quelques heures, sans passage par Mina, Arafat ni Muzdalifa. Elle est obligatoire une fois dans la vie selon les chafiites et les hanbalites, et fortement recommandée selon les hanafites et les malikites. Le Prophète ﷺ a dit : « Une omra pendant le Ramadan équivaut à un pèlerinage » (rapporté par al-Bukhari, n° 1782), c’est-à-dire en récompense : elle ne remplace pas le hajj obligatoire.

CritèreHajjOmra
StatutPilier de l’islam, une fois dans la vieObligatoire ou fortement recommandée selon les écoles
PériodeDu 8 au 13 Dhou al-Hijja uniquementToute l’année
DuréeCinq à six jours de ritesQuelques heures
LieuxLa Mecque, Mina, Arafat, MuzdalifaLa Grande Mosquée de La Mecque
RitesIhram, Arafat, Muzdalifa, lapidation, sacrifice, rasage, tawaf, sa’yIhram, tawaf, sa’y, rasage ou raccourcissement

Les conditions d’accès à la omra (type de visa, réservation des créneaux par l’application Nusuk) relèvent elles aussi des autorités saoudiennes et évoluent régulièrement : vérifiez-les avant chaque voyage.

La Kaaba et les lieux saints

  • La Kaaba, « la Maison », édifice cubique couvert d’une étoffe noire brodée (la kiswa), vers lequel tous les musulmans se tournent pour prier (Coran, 2:144). La Pierre noire est enchâssée dans son angle est ; l’angle yéménite est l’angle sud. Entre la Pierre noire et la porte se trouve le Moultazam, où il est d’usage d’invoquer Allah.
  • La station d’Abraham (Maqam Ibrahim), pierre sur laquelle, selon la tradition, Abraham se tenait en bâtissant la Kaaba, aujourd’hui protégée par une structure de verre et de métal.
  • Zamzam, la source jaillie pour Agar et Ismaël, et Safa et Marwa, dont le parcours est aujourd’hui intégré à la Grande Mosquée.
  • Le territoire sacré (haram) : Allah a rendu La Mecque sacrée ; on n’y chasse pas et l’on n’y coupe pas la végétation (rapporté par al-Bukhari, n° 1587).
  • Mina, la ville de tentes et le pont des Jamarat, construit sur plusieurs niveaux pour fluidifier la lapidation ; Muzdalifa, entre Mina et Arafat ; Arafat, avec le mont de la Miséricorde et la mosquée de Namira.

Médine ne fait pas partie des rites du hajj, mais la plupart des pèlerins y séjournent avant ou après. Le voyage y a pour but la mosquée du Prophète ﷺ, l’une des trois mosquées vers lesquelles on peut entreprendre un voyage pieux (rapporté par al-Bukhari, n° 1189, et Muslim, n° 1397), où une prière vaut mieux que mille ailleurs, sauf la Mosquée sacrée (rapporté par al-Bukhari, n° 1190, et Muslim, n° 1394). On y salue aussi le Prophète ﷺ devant sa tombe, avec respect et recueillement. Il a dit : « Personne ne me salue sans qu’Allah me rende mon âme pour que je lui rende son salut » (rapporté par Abou Dawoud, n° 2041, hadith jugé hasan), et : « Allah a des anges qui parcourent la terre et me transmettent les salutations de ma communauté » (rapporté par an-Nasa’i, n° 1282). Ce salut peut donc lui être adressé de partout. Pour mieux connaître sa vie, lisez notre article sur la vie du Prophète Mohammed ﷺ.

Le sens des rites : sur les traces d’Abraham, d’Agar et d’Ismaël

Chaque étape du hajj fait revivre un épisode de l’histoire de la famille d’Abraham. Selon le long récit d’Ibn Abbas (rapporté par al-Bukhari, n° 3364), Abraham laissa Agar et le petit Ismaël dans la vallée déserte de La Mecque. « Est-ce Allah qui t’a ordonné cela ? », demanda-t-elle. « Oui », répondit-il. « Alors Il ne nous abandonnera pas. » Quand l’eau vint à manquer, elle courut sept fois entre Safa et Marwa à la recherche de secours, jusqu’à ce que jaillisse la source de Zamzam. Abraham avait prié : « Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée […] Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens » (Coran, 14:37). Des millions de cœurs y convergent depuis.

Le sacrifice rappelle l’épreuve d’Abraham, prêt à immoler son fils sur l’ordre de son Seigneur, et la réponse d’Ismaël : « Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants. » Allah racheta l’enfant « d’une immolation généreuse » (Coran, 37:102-107, à lire dans la sourate As-Saffat). Le Coran en donne le sens : « Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteignent Allah, mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la piété » (Coran, 22:37). Quant à la lapidation, une tradition rapportée du compagnon Ibn Abbas (et non du Prophète ﷺ) dit que Satan se présenta à Abraham à ces endroits pour le détourner de l’ordre divin et qu’il le chassa à coups de pierres. Le pèlerin y affirme sa soumission à Allah et son refus du mal, dans un geste d’obéissance pure.

Les maîtres spirituels, comme al-Ghazali, ont aussi lu le pèlerinage comme une image du voyage vers l’au-delà : quitter les siens et son pays rappelle la mort ; les deux pièces de tissu blanc rappellent le linceul et font disparaître les différences de rang et de richesse ; la talbiya répond à l’appel lancé par Abraham ; la foule d’Arafat, de toutes langues et de toutes couleurs, préfigure le grand rassemblement du Jour du Jugement ; les allers et retours entre Safa et Marwa évoquent le serviteur qui revient sans cesse à la porte de son Seigneur, entre crainte et espérance, en attendant Sa miséricorde. Le savant indien Shah Waliullah de Delhi (m. 1762) comparait enfin le hajj à la revue qu’un État passe périodiquement de ses troupes : ce rassemblement annuel distingue le croyant sincère de l’hypocrite, montre les peuples entrant dans la religion d’Allah et permet aux croyants de se rencontrer, de s’entraider et de se rappeler l’exemple des prophètes et des justes. Le hajj est ainsi un effort du corps et des biens, vécu sincèrement pour Allah, qui purifie l’âme et efface les fautes.

L’Aïd al-Adha, la fête du sacrifice

Le 10 Dhou al-Hijja, pendant que les pèlerins sacrifient à Mina, les musulmans du monde entier célèbrent l’Aïd al-Adha, appelé aussi Aïd el-Kébir. Les dix premiers jours de ce mois sont les meilleurs de l’année pour les bonnes œuvres (rapporté par al-Bukhari, n° 969), et ceux qui ne sont pas en pèlerinage sont encouragés à jeûner le jour d’Arafat, dont le jeûne expie, par la grâce d’Allah, les péchés de l’année précédente et de l’année suivante (rapporté par Muslim, n° 1162).

  • La fête commence par la prière de l’Aïd, le matin, suivie du sermon. Le sacrifice se fait après cette prière : « Celui qui égorge avant la prière n’a offert à sa famille que de la viande » (rapporté par al-Bukhari, n° 5545).
  • Le sacrifice (oudhiya) est une sunna fortement recommandée pour qui en a les moyens, selon la majorité des savants, et une obligation selon les hanafites. On sacrifie un mouton ou une chèvre pour une personne et son foyer, ou une part d’un bovin ou d’un chameau, partagé entre sept (rapporté par Muslim, n° 1318), en respectant l’âge minimal et l’absence de défaut. Le sacrifice est possible jusqu’au 12 ou au 13 Dhou al-Hijja selon les écoles.
  • Celui qui compte sacrifier s’abstient, dès le début de Dhou al-Hijja, de se couper les cheveux et les ongles (rapporté par Muslim, n° 1977).
  • On mange de la viande et l’on en donne aux pauvres (Coran, 22:28 et 22:36) ; beaucoup la partagent en trois parts : pour leur famille, pour leurs proches et pour les nécessiteux.
  • En France comme dans la plupart des pays européens, l’abattage doit se faire dans un abattoir agréé ; beaucoup confient aussi leur sacrifice à des associations qui le réalisent là où les besoins sont grands.

Le pèlerinage couronne les cinq piliers de l’islam, aux côtés de l’attestation de foi (chahada), de la prière, de la zakat et du jeûne du Ramadan. Pour vous en approcher dès aujourd’hui, écoutez la sourate Al-Hajj et la sourate Al-Baqara, qui en décrivent les rites, par les récitateurs d’Arabie saoudite. Qu’Allah accepte le pèlerinage de ceux qui s’y rendent et facilite le chemin de la Maison sacrée à ceux qui l’espèrent.

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