Islam
Comment se convertir à l’islam ? La démarche et les premiers pas
Embrasser l’islam est une démarche simple : il suffit de prononcer l’attestation de foi, la chahada, en comprenant son sens et en y croyant sincèrement. Il n’y a ni baptême, ni examen, ni frais, ni période d’attente obligatoire. Ce guide explique comment se déroule la conversion, ce que disent les savants au sujet des témoins et du bain rituel, ce que change l’entrée en islam et comment faire ses premiers pas sereinement.
Une démarche libre et réfléchie
La foi ne s’impose pas : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement » (Coran, 2:256). La conversion est un choix personnel, fait par conviction, et non sous la pression d’un proche, d’un futur conjoint ou d’un groupe. Prendre le temps de lire, de poser des questions et de réfléchir est parfaitement légitime. Il n’est pas nécessaire, en revanche, de tout savoir avant de franchir le pas : il faut connaître et accepter le sens de la chahada et les fondements de la foi ; le reste s’apprend ensuite, progressivement.
Prononcer la chahada
On devient musulman en prononçant l’attestation de foi :
Ach-hadou an lâ ilâha illa-llâh, wa ach-hadou anna Mouhammadan rasoûlou-llâh.
« J’atteste qu’il n’y a de divinité [digne d’adoration] qu’Allah, et j’atteste que Mohammed est le Messager d’Allah. »
Il est d’usage de la dire en arabe, en la répétant au besoin après quelqu’un, mot à mot ; l’essentiel est d’en comprendre le sens et d’y adhérer de tout son cœur. De nombreux savants admettent que celui qui ne parvient pas à l’articuler en arabe l’exprime dans sa propre langue. Cette phrase contient deux engagements : n’adorer que Dieu, sans Lui associer quoi que ce soit, et reconnaître Mohammed ﷺ comme Son messager, dont on suivra l’enseignement. Son sens, ses conditions et sa place dans la vie du croyant sont détaillés dans notre article sur la chahada.
C’est exactement ce que le Prophète ﷺ répondit à l’ange Gabriel, qui lui demandait ce qu’est l’islam : « C’est que tu attestes qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mohammed est le Messager d’Allah, que tu accomplisses la prière, que tu verses la zakat, que tu jeûnes le mois de Ramadan et que tu fasses le pèlerinage à la Maison si tu en as les moyens » (rapporté par Muslim, n° 8).
Faut-il des témoins, un imam ou une cérémonie ?
Selon l’avis des savants dans leur ensemble, la conversion est valable dès que la chahada est prononcée avec sincérité, même seul, chez soi : aucun témoin, aucun imam et aucune cérémonie ne sont nécessaires pour être musulman aux yeux de Dieu. Beaucoup choisissent pourtant de la prononcer à la mosquée, devant l’imam et quelques fidèles. C’est un beau moment de partage, l’occasion d’être accueilli et de nouer des liens avec la communauté, et cela permet d’obtenir une attestation de conversion. Ce document n’a pas de valeur religieuse en soi, mais il peut être demandé pour certaines démarches : mariage religieux, inhumation dans un carré musulman ou demande de visa pour le pèlerinage à La Mecque, par exemple.
Le bain rituel (ghousl)
Qays ibn ‘Asim rapporte : « J’embrassai l’islam, et le Prophète ﷺ m’ordonna de me laver avec de l’eau et des feuilles de jujubier » (rapporté par Abou Dawoud, n° 355, at-Tirmidhi, n° 605, et an-Nasa’i, n° 188 ; hadith authentique). Les écoles juridiques divergent sur la portée de cet ordre, comme le résume Ibn Qudama dans al-Mughnî :
- pour les hanbalites, et selon l’avis rapporté de l’imam Malik, ce bain est obligatoire pour tout nouveau musulman ;
- pour les chafiites, il est recommandé, et devient obligatoire si la personne s’est trouvée en état d’impureté majeure (relations intimes, menstrues) avant sa conversion, ce qui est le cas de presque tous les adultes ;
- Abou Hanifa ne l’a pas rendu obligatoire en tant que tel ; il reste recommandé.
En pratique, il est donc conseillé à tout nouveau musulman de faire ce bain dès que possible après sa chahada. Il ne conditionne pas la validité de la conversion, mais il est nécessaire pour pouvoir prier dans les cas où il est obligatoire. Il consiste, avec l’intention de se purifier, à laver tout le corps avec de l’eau, sans oublier de se rincer la bouche et le nez. Un imam ou un ami musulman pourra vous le montrer.
Ce que croit le musulman
En prononçant la chahada, vous adhérez aux six piliers de la foi, que le Prophète ﷺ a énumérés dans le même hadith de Gabriel : la foi en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour dernier et au décret divin. Concrètement, cela signifie :
- n’adorer que Dieu, unique, sans associé, sans enfant ni égal, et ne rien Lui associer dans le culte ;
- croire que le Coran est la Parole de Dieu, révélée pour guider l’humanité, et chercher à le comprendre et à le mettre en pratique ;
- croire en tous les prophètes, de Noé à Abraham, Moïse et Jésus, Mohammed ﷺ étant le dernier ;
- croire à la résurrection et au Jour du Jugement, ainsi qu’au décret divin.
Pour une vue d’ensemble de ces croyances et des cinq piliers de la pratique, consultez notre page Tout sur l’islam.
Ce que change la conversion
Une page blanche
L’entrée en islam efface les fautes passées. Lorsque ‘Amr ibn al-‘As vint prêter allégeance au Prophète ﷺ en demandant que ses péchés lui soient pardonnés, celui-ci lui dit : « Ne sais-tu pas que l’islam efface ce qui l’a précédé ? » (rapporté par Muslim, n° 121). Les bonnes actions accomplies auparavant, elles, ne sont pas perdues : à Hakim ibn Hizam, qui l’interrogeait sur les aumônes et les bienfaits qu’il avait faits avant l’islam, le Prophète ﷺ répondit : « Tu as embrassé l’islam avec tout le bien que tu avais accompli » (rapporté par al-Bukhari, n° 1436, et Muslim, n° 123).
Le Prophète ﷺ a décrit la joie de Dieu face au retour sincère de Son serviteur : « Allah se réjouit davantage du repentir de Son serviteur lorsqu’il revient à Lui que l’un d’entre vous qui, voyageant dans un désert sur sa monture chargée de sa nourriture et de sa boisson, la perd, s’allonge à l’ombre d’un arbre en désespérant de la retrouver, puis la voit soudain devant lui. Il la saisit par la bride et s’écrie, fou de joie : “Ô Allah, Tu es mon serviteur et je suis Ton seigneur !”, se trompant tant sa joie est grande » (rapporté par Muslim, n° 2747).
Votre nom et votre famille
Il n’est pas obligatoire de changer de prénom. Seul un prénom dont le sens est contraire à la foi gagne à être changé : le Prophète ﷺ renomma ainsi Jamila (« la belle ») une jeune femme qui s’appelait ‘Asiya (« la désobéissante ») (rapporté par Muslim, n° 2139). Beaucoup de convertis adoptent un prénom arabe par attachement, mais c’est un choix personnel.
Devenir musulman ne signifie pas rompre avec les siens. Le Coran ordonne la bonté envers les parents, même lorsqu’ils ne partagent pas votre foi : « Reste avec eux ici-bas de façon convenable » (Coran, 31:15). Asma, la fille d’Abou Bakr, demanda au Prophète ﷺ si elle devait garder de bonnes relations avec sa mère, restée polythéiste, qui venait lui rendre visite ; il lui répondit : « Oui, garde de bonnes relations avec ta mère » (rapporté par al-Bukhari, n° 2620). Annoncer sa conversion à ses proches demande souvent de la patience et de la délicatesse : votre bonté sera votre meilleure explication.
La circoncision
Pour les hommes, la circoncision est une pratique de la tradition prophétique, jugée obligatoire par certaines écoles et fortement recommandée par d’autres. Elle n’est pas une condition pour devenir musulman. Un adulte qui s’interroge à ce sujet peut en parler avec un savant et un médecin, sans se presser ni se laisser imposer quoi que ce soit.
Les premiers pas du nouveau musulman
L’islam s’apprend par étapes. C’est la méthode du Prophète ﷺ lui-même : il recommanda à Mou’adh d’appeler d’abord les gens à la chahada, puis de leur enseigner la prière, puis la zakat (rapporté par al-Bukhari, n° 1395, et Muslim, n° 19). Aïcha expliquait aussi que la révélation avait d’abord affermi la foi, avant d’apporter les interdits : « Si la première chose révélée avait été “Ne buvez pas de vin”, ils auraient dit : “Nous ne laisserons jamais le vin” » (rapporté par al-Bukhari, n° 4993). Et le Prophète ﷺ conseillait : « Facilitez, ne compliquez pas ; annoncez la bonne nouvelle, ne faites pas fuir » (rapporté par al-Bukhari, n° 69).
Voici un ordre de priorités raisonnable :
- Apprendre les ablutions et la prière. Les cinq prières quotidiennes sont le pilier le plus important après la chahada. Commencez par apprendre la sourate al-Fatiha, récitée dans chaque unité de prière, puis les gestes, à l’aide de notre guide la prière en islam. En attendant de la connaître par cœur, vous pouvez prier avec les formules que vous maîtrisez : à un homme qui ne parvenait pas à mémoriser le Coran, le Prophète ﷺ enseigna de dire « Gloire à Allah, louange à Allah, il n’y a de divinité qu’Allah, Allah est le plus grand, il n’y a de force et de puissance qu’en Allah » (rapporté par Abou Dawoud, n° 832, hadith jugé bon).
- Jeûner le mois de Ramadan quand il arrive, si votre santé le permet. Les malades et les voyageurs en sont dispensés et rattrapent plus tard (Coran, 2:184).
- Connaître les règles essentielles de la vie quotidienne : la nourriture licite (halal), l’interdiction de l’alcool, la pudeur, l’honnêteté dans les relations et les affaires.
- Plus tard, selon votre situation : la zakat, si vos biens atteignent le seuil requis, et le pèlerinage, si vous en avez un jour les moyens.
Entourez-vous bien. Rapprochez-vous d’une mosquée dont l’imam est reconnu ; beaucoup proposent des cours pour les nouveaux musulmans. Posez vos questions librement, et méfiez-vous de quiconque vous pousserait à rompre avec votre famille, à rejeter la société dans laquelle vous vivez ou à adopter des positions extrêmes : ce n’est pas l’enseignement du Prophète ﷺ. Écouter régulièrement le Coran récité vous aidera aussi à vous familiariser avec sa langue et son rythme.
Enfin, soyez patient avec vous-même. La foi connaît des hauts et des bas, et nul n’est parfait : Dieu « n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité » (Coran, 2:286). Si vous commettez une faute, le repentir est toujours possible.
En conclusion
Se convertir à l’islam demande souvent du courage : celui de suivre sa conviction, parfois contre l’incompréhension de son entourage. Mais la démarche elle-même est simple et accessible à tous, et la religion qu’elle ouvre est une religion de facilité et de miséricorde. Pour découvrir ce que la foi apporte dans la vie, lisez notre article sur les bienfaits de l’islam. Et pour toute question personnelle, n’hésitez pas à vous adresser à un imam ou à un savant qualifié.