Islam
Paroles du Prophète Mohammed ﷺ : une sélection de hadiths authentiques
Les paroles du Prophète Mohammed ﷺ, transmises par ses compagnons, forment avec le Coran la source de l’enseignement musulman. Courtes et concrètes, elles touchent à la foi comme à la vie de tous les jours : la manière de parler, de traiter sa famille et ses voisins, de travailler ou de se comporter envers les animaux. Voici une sélection de hadiths authentiques, classés par thème, chacun accompagné de sa référence et d’une brève explication.
Avant de lire : qu’est-ce qu’un hadith authentique ?
Un hadith est le récit d’une parole, d’un acte ou d’une approbation du Prophète ﷺ. Il se compose d’une chaîne de transmetteurs (isnad) et d’un texte (matn). Les savants du hadith ont examiné chaque chaîne – la fiabilité et la mémoire de chaque transmetteur, la continuité de la transmission – pour classer les récits : sahih (authentique), hasan (bon, également accepté), ou da’if (faible). Les deux recueils de l’imam al-Bukhari et de l’imam Muslim sont considérés comme les plus sûrs ; viennent ensuite les recueils (Sunan) d’Abou Dawud, d’at-Tirmidhi, d’an-Nasa’i et d’Ibn Majah, dont les hadiths ont été évalués un à un. Les numéros indiqués ci-dessous suivent la numérotation du site de référence sunnah.com.
La foi et l’intention
« Les actions ne valent que par les intentions, et chacun n’obtiendra que ce qu’il a eu l’intention de faire. » (rapporté par al-Bukhari, n° 1, et Muslim, n° 1907)
Al-Bukhari ouvre son recueil par ce hadith, qui rappelle que la valeur d’un acte devant Dieu dépend de la sincérité qui l’anime. Un même geste – travailler, manger, aider quelqu’un – peut devenir une adoration lorsqu’il est accompli pour Dieu.
« Aucun de vous n’est véritablement croyant tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (al-Bukhari, n° 13 ; Muslim, n° 45)
La foi se mesure aussi à la manière dont on regarde les autres : souhaiter à autrui le bien que l’on désire pour soi ferme la porte à l’envie, à la tromperie et à l’égoïsme. Dans une version de Muslim, le Prophète ﷺ dit « pour son frère » ou « pour son voisin ».
« Allah ne regarde ni vos apparences ni vos richesses, mais Il regarde vos cœurs et vos actes. » (Muslim, n° 2564)
Ni la beauté, ni la fortune, ni l’origine ne donnent de valeur auprès de Dieu : ce qui compte, c’est la pureté du cœur et la qualité des actes. Ce hadith fait écho au verset : « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux » (Coran, 49:13).
« Les œuvres les plus aimées d’Allah sont celles qui sont accomplies avec constance, même si elles sont modestes. » (al-Bukhari, n° 6464 ; Muslim, n° 783)
Mieux vaut une petite pratique régulière – quelques versets lus chaque jour, une aumône modeste mais fidèle – qu’un grand effort sans lendemain. L’islam encourage la persévérance plutôt que l’excès.
Le bon caractère
« J’ai été envoyé pour parfaire le bon caractère. » (al-Bukhari dans al-Adab al-Mufrad, n° 273 ; jugé authentique par al-Albani)
La mission du Prophète ﷺ ne se limite pas aux rites : elle vise aussi à élever la morale humaine, en confirmant les nobles qualités que les hommes connaissaient déjà et en les complétant.
« Les croyants dont la foi est la plus parfaite sont ceux qui ont le meilleur caractère, et les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leurs épouses. » (at-Tirmidhi, n° 1162, qui le juge hasan sahih)
Le bon caractère n’est pas un supplément à la foi mais l’un de ses signes. Et c’est au foyer, là où l’on n’a personne à impressionner, que ce caractère se vérifie vraiment.
« Rien n’est plus lourd dans la balance du croyant, le Jour de la Résurrection, que le bon caractère. » (Abou Dawud, n° 4799 ; at-Tirmidhi, n° 2002 ; authentique)
Patience, douceur, honnêteté, pudeur et générosité pèsent davantage, au Jugement, que bien des actes spectaculaires. Ce hadith invite chacun à travailler sur lui-même autant que sur sa pratique.
« Le fort n’est pas celui qui terrasse les autres à la lutte ; le fort est celui qui se maîtrise lorsqu’il est en colère. » (al-Bukhari, n° 6114 ; Muslim, n° 2609)
La vraie force est intérieure : savoir retenir un mot blessant ou un geste regretté demande plus de courage que de l’emporter physiquement sur un adversaire.
« Allah est doux et Il aime la douceur en toute chose. » (al-Bukhari, n° 6927 ; Muslim, n° 2165)
Le Prophète ﷺ adressa ces mots à son épouse Aïcha, qui avait répondu durement à des visiteurs venus l’insulter. Même face à l’hostilité, il privilégiait la douceur, qui « embellit tout ce qu’elle touche », selon une autre de ses paroles (Muslim, n° 2594).
La parole
« Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien ou se taise ; que celui qui croit en Allah et au Jour dernier traite bien son voisin ; et que celui qui croit en Allah et au Jour dernier honore son hôte. » (Muslim, n° 47 ; version proche chez al-Bukhari, n° 6018)
Trois marques concrètes de la foi : maîtriser sa langue, bien traiter ses voisins, quelle que soit leur religion, et accueillir généreusement. Dans la version d’al-Bukhari, il est dit : « qu’il ne nuise pas à son voisin ».
« Le musulman est celui dont les musulmans n’ont à craindre ni la langue ni la main. » (al-Bukhari, n° 10 ; Muslim, n° 40)
Être musulman ne se réduit pas à des pratiques : c’est aussi ne faire de tort à personne, ni par des actes, ni par la médisance, la moquerie ou le mensonge.
« La bonne parole est une aumône. » (al-Bukhari, n° 2989 ; Muslim, n° 1009)
Cette phrase est extraite d’un hadith qui énumère les aumônes du quotidien : réconcilier deux personnes, aider quelqu’un à charger sa monture, chaque pas vers la prière, ôter un obstacle du chemin. Dans le même esprit, le Prophète ﷺ a dit : « Toute bonne action est une aumône » (al-Bukhari, n° 6021 ; Muslim, n° 1005). Pour l’aumône obligatoire, voir notre page sur la zakat.
La famille
Un homme vint trouver le Messager d’Allah ﷺ et lui demanda : « Ô Messager d’Allah, qui mérite le plus que je le traite avec bonté ? » Il répondit : « Ta mère. » – « Et ensuite ? » – « Ta mère. » – « Et ensuite ? » – « Ta mère. » – « Et ensuite ? » – « Ton père. » (al-Bukhari, n° 5971 ; Muslim, n° 2548)
La mère est citée trois fois, en reconnaissance de la grossesse, de l’accouchement et de l’éducation qu’elle a portés : « Sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine », dit le Coran (31:14). Le père vient ensuite, et le respect dû aux deux parents est l’un des devoirs les plus soulignés de l’islam.
Un homme vint dire au Prophète ﷺ qu’il voulait partir combattre et lui demander conseil. Il lui demanda : « As-tu une mère ? » – « Oui. » – « Alors reste auprès d’elle, car le Paradis est sous ses pieds. » (an-Nasa’i, n° 3104 ; authentique)
C’est de ce hadith que vient la formule populaire « le paradis est sous les pieds des mères ». Servir sa mère peut passer avant des actes considérés comme très méritoires.
« Le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa famille, et je suis, de vous tous, le meilleur envers ma famille. » (at-Tirmidhi, n° 3895 ; Ibn Majah, n° 1977)
Le Prophète ﷺ joignait l’exemple à la parole : selon Aïcha, il se mettait chez lui au service des siens, jusqu’à l’heure de la prière (al-Bukhari, n° 676). Pour en savoir plus sur les droits et la place des femmes, voir notre article sur la femme en islam.
Une femme pauvre vint chez Aïcha avec ses deux filles. Aïcha n’avait qu’une datte, qu’elle lui donna ; la femme la partagea entre ses filles sans rien en manger. Lorsque Aïcha le lui raconta, le Prophète ﷺ dit : « Celui qui a la charge de filles et les traite avec bonté, elles seront pour lui un rempart contre le Feu. » (al-Bukhari, n° 5995 ; Muslim, n° 2629)
Dans une société où la naissance d’une fille était parfois vécue comme un malheur, ce que le Coran dénonce (16:58-59), le Prophète ﷺ fit de leur éducation un chemin vers le Paradis.
La solidarité et la miséricorde
« Les croyants, dans l’affection, la miséricorde et la compassion qu’ils se portent, sont semblables à un seul corps : lorsqu’un de ses membres souffre, tout le corps partage son insomnie et sa fièvre. » (al-Bukhari, n° 6011 ; Muslim, n° 2586)
L’image du corps rappelle que la souffrance d’un seul concerne tous les autres : on ne peut rester indifférent à la peine d’un proche, d’un voisin ou d’un peuple éprouvé.
« Les miséricordieux, le Tout Miséricordieux leur fait miséricorde. Soyez miséricordieux envers ceux qui sont sur la terre, Celui qui est au ciel vous fera miséricorde. » (Abou Dawud, n° 4941 ; at-Tirmidhi, n° 1924, qui le juge hasan sahih)
La miséricorde que l’on montre aux créatures, humains comme animaux, attire la miséricorde de Dieu. Les savants ont souvent fait de ce hadith le premier qu’ils enseignaient à leurs élèves.
« Ne méprise aucune bonne action, ne serait-ce que d’accueillir ton frère avec un visage souriant. » (Muslim, n° 2626)
Un sourire, un salut, un mot aimable : rien n’est trop petit pour être une bonne œuvre. Dans un hadith rapporté par at-Tirmidhi (n° 1956, hasan), le Prophète ﷺ dit aussi : « Ton sourire à ton frère est une aumône. »
« Celui qui soulage un croyant d’une détresse de ce monde, Allah le soulagera d’une détresse du Jour de la Résurrection ; celui qui facilite les choses à quelqu’un en difficulté, Allah lui facilitera les choses ici-bas et dans l’au-delà […]. Allah vient en aide à Son serviteur tant que celui-ci vient en aide à son frère. » (Muslim, n° 2699)
Aider une personne endettée, malade ou isolée n’est jamais perdu : Dieu rend ce bien à celui qui l’a fait, au moment où il en aura le plus besoin.
« Facilitez et ne compliquez pas ; annoncez la bonne nouvelle et ne faites pas fuir. » (al-Bukhari, n° 69 ; Muslim, n° 1734)
Ce conseil, donné notamment aux compagnons envoyés enseigner l’islam, vaut pour quiconque transmet la religion : la dureté et l’excès éloignent les gens, alors que la bienveillance les rapproche.
« Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Allah. » (Abou Dawud, n° 4811 ; at-Tirmidhi, n° 1954 ; authentique)
La gratitude envers Dieu passe aussi par la reconnaissance envers ceux qui nous ont fait du bien : parents, enseignants, voisins, collègues.
Les animaux et la nature
« Un homme qui marchait sur un chemin fut pris d’une soif intense. Il trouva un puits, y descendit et but. En remontant, il vit un chien qui haletait et léchait la terre humide tant il avait soif. L’homme se dit : “Ce chien souffre de la soif comme j’en souffrais.” Il redescendit dans le puits, remplit d’eau sa chaussure, la tint entre ses dents pour remonter et donna à boire au chien. Allah lui en fut reconnaissant et lui pardonna. » Les compagnons demandèrent : « Ô Messager d’Allah, sommes-nous récompensés pour le bien fait aux animaux ? » Il répondit : « Pour tout être vivant, il y a une récompense. » (al-Bukhari, n° 2363 ; Muslim, n° 2244)
Un simple geste de compassion envers un animal valut le pardon à cet homme. À l’inverse, le Prophète ﷺ raconta qu’une femme fut châtiée pour avoir enfermé une chatte sans la nourrir ni la laisser chercher sa nourriture (al-Bukhari, n° 3482).
« Aucun musulman ne plante un arbre ou ne sème une culture dont mangent ensuite un oiseau, un être humain ou un animal, sans que cela ne lui soit compté comme une aumône. » (al-Bukhari, n° 2320 ; Muslim, n° 1553)
Planter, cultiver et prendre soin de la terre sont des actes récompensés, dont le bienfait se prolonge tant que d’autres en profitent.
Le savoir
« Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui apprennent le Coran et l’enseignent. » (al-Bukhari, n° 5027)
Apprendre à lire et à comprendre le Coran, puis le transmettre, fait partie des œuvres les plus nobles. Pour commencer, voir notre guide pour lire et réciter le Coran.
« Celui qui emprunte un chemin à la recherche du savoir, Allah lui facilite par là un chemin vers le Paradis. » (Muslim, n° 2699)
Ce passage, tiré du même hadith que celui sur la détresse, encourage la quête du savoir, religieux comme profane lorsqu’il est utile. Le hadith souvent cité « La recherche du savoir est une obligation pour tout musulman » (Ibn Majah, n° 224) a une chaîne faible chez Ibn Majah, mais plusieurs savants, dont al-Albani, le jugent authentique par l’ensemble de ses voies de transmission ; il concerne les femmes comme les hommes.
Le travail et l’honnêteté
« Personne n’a jamais mangé de meilleure nourriture que celle qu’il a gagnée par le travail de ses mains. Le prophète d’Allah David (Daoud) mangeait du fruit de son propre travail. » (al-Bukhari, n° 2072)
Le travail honnête est une dignité, y compris pour les prophètes : le Prophète Mohammed ﷺ lui-même fut berger puis marchand avant sa mission.
« Donnez au travailleur son salaire avant que sa sueur ne sèche. » (Ibn Majah, n° 2443 ; jugé authentique par al-Albani au vu de ses différentes chaînes de transmission)
Payer ce qui est dû, sans retard ni retenue injuste, est une obligation. Dans un hadith qudsi rapporté par al-Bukhari (n° 2227), Allah dit qu’Il sera, le Jour de la Résurrection, l’adversaire de « celui qui a engagé un ouvrier, a obtenu de lui tout son travail et ne lui a pas versé son salaire ».
Vérifier une parole attribuée au Prophète ﷺ
De nombreuses phrases présentées comme des hadiths circulent sur les réseaux sociaux sans aucune référence, et certaines sont faibles, voire inventées. Le Prophète ﷺ a mis en garde : « Celui qui ment sur moi délibérément, qu’il prenne place en Enfer » (al-Bukhari, n° 110 ; Muslim, n° 3). Avant de partager une parole, prenez l’habitude d’en chercher la source précise (recueil et numéro) et son degré d’authenticité, sur des sites de référence ou auprès d’un savant qualifié. Pour situer ces enseignements dans leur contexte, découvrez aussi notre biographie consacrée à la vie du Prophète Mohammed ﷺ.